(from www.webdo.ch
Locarno International Film Festival 2002 supplement )
Le premier week-end d'août a été sanglant en Israël. Une quinzaine de personnes ont trouvé la mort. Routine de la violence, sentiment d'incompréhension. Et puis Locarno montre «Gaza Strip», un documentaire de James Longley tourné l'an passé dans la bande de Gaza, et l'on comprend le désespoir meurtrier des Palestiniens. Le cinéaste a ramené des images terribles qui en disent beaucoup plus que les analyses les plus pertinentes. Il suit un Palestinien d'une dizaine d'années dont les yeux ont trop souvent vu la mort. «J'ai perdu tous mes amis. Je ne suis plus rien. Je préfère mourir, c'est plus simple que toutes les choses de la vie», marmonne le petit candidat à l'attentat suicide, regard vide qu'une larme mouille». Une femme raconte comment un bulldozer a rasé sa maison, ses arbres, manquant de l'écraser de justesse.
Longley filme les urgences, et ça n'a rien à voir avec le divertissement mélodramatique télévisuel. Du sang, des cris, de l'horreur. C'est triste un enfant criblé de balles. C'est affreux un enfant mort, le ventre explosé par le jouet qu'il a ramassé: un gant de boxe piégé. Parce qu'au détour des images brutes, Longley nous en apprend sur l'armée israëlienne: elle disperse des jouets piégés, elle fait usage de gaz neurotoxiques sur la population civile: «Mon corps entier est en train de brûler, j'ai envie d'arracher la peau et le monde». Les revues de presse aux Etats-Unis ont soigneusement occulté ces révélations. Il est vrai que certaines fariboles propagandistes sont réduites à néant: les parents palestiniens n'envoient pas leurs enfants jeter des cailloux, au contraire, ils vont jusqu'à les attacher à la maison pour éviter qu'ils se fassent tirer dessus. Le film se termine sur le regard muet d'un vieil homme. Des yeux noirs comme la douleur, des yeux qui en ont trop vu. L'enfant parle encore de ses morts, et aussi des 5000 arbres qu'Israël a abattus, «des arbres aussi vieux que le grand-père de mon grand-père. Ils ont abattus les oliviers, les arbres de la paix». Israël est peut-être le peuple élu, mais à Gaza, il se comporte en assassin. Et après avoir reçu «Gaza Strip» comme un coup de poing à l'estomac, une certitude s'impose: la guerre sera longue, douloureuse et impitoyable, car tout espoir est mort.
English translation :
"Locarno day 6 (August 6, 2002) The first weekend of August was a bloody one in Israel. About fifteen people dead: routine violence, feelings of incomprehension. And then Locarno airs "Gaza Strip", James Longley's documentary filmed last year in the Gaza Strip, and suddenly the fatal despair of the Palestinians begins to make sense. The filmmaker returned with terrible images which speak volumes more than any critical analysis. He follows a ten-year-old Palestinian whose eyes have seen far too much death. "All my friends are gone. I am nothing anymore. It would be better to be dead. It would be so much easier than all these things in life," laments a tiny would-be suicide bomber, as his blank eyes fill with tears. A woman tells how a bulldozer demolished her home, her trees, and how she barely excaped being crushed herself.
Longley's film conveys the urgency of the situation in a way that has nothing to do with the melodramatic entertainment on TV. There is blood, crying, horror. It is heart-wrenching to watch a child having bullets removed. Equally horrifying is the sight of a dead child, stomach burst open by the toy he had just found: a booby-tapped boxing glove. It is all the more horrifying because of what Longley reveals, through these raw images, about the Israeli army: dispensing booby-trapped toys, and using poison gas against a civilian population. "My whole body is on fire, I want to scratch away my skin, scratch away the whole world." American reviews have carefully hidden these revelations. It is true that certain propagandistic fairy-tales seem totally discredited: Palestinian parents don't send their children to throw stones, and on the contrary, may even tie them up at home to keep them from being fired upon. The film closes on the silent gaze of an elderly man. His eyes are black like suffering, eyes which have witnessed too much. A child is speaking of his dead friends, and of some 5000 trees which Israel has uprooted: "trees which belonged to my grandfather, and to his grandfathers. They are cutting down the olive trees, the trees of peace." The Israelis may consider themselves to be God's "Chosen People," but in Gaza, they are behaving like assassins. After having experienced "Gaza Strip" like a fist to the stomach, one certainty emerges: this struggle will be long, painful and merciless, because all hope has died. "